Les mélanges de biodiesel et de diesel ordinaire sont habituellement décrits au moyen de la terminologie Bx, où la lettre x indique le pourcentage (v/v) de biodiesel incorporé au diesel conventionnel. Le terme B5 désigne alors un mélange constitué de 5% (v/v) de biodiesel et de 95% (v/v) de diesel conventionnel. Le terme B100 est souvent utilisé pour désigner le biodiesel pur.
Cette nomenclature s'applique de manière similaire aux mélanges de bioéthanol et d'essence ordinaire, généralement décrits à l'aide de la terminologie Ex où la lettre x indique le pourcentage (v/v) d'éthanol incorporé à l'essence. Le terme E5 désigne ainsi un mélange de 5% (v/v) de bioéthanol et de 95% (v/v) d'essence.
Les principaux distributeurs de biocarburants
En Suisse, la très large majorité du biodiesel et du bioéthanol est délivrée aux usagers par l'intermédiaire des grands distributeurs de carburants. Dans quelques cas particuliers, l'approvisionnement est toutefois réalisé directement depuis les sites de production, notamment lorsque l'utilisateur final souhaite se faire livrer le biocarburant pur. Cette situation s'applique aujourd'hui exclusivement au biodiesel, et c'est le cas notamment des sociétés Lüginbuhl (VS), Goutte récupération (VD), Migros Vaud (VD) ou encore Serbeco (GE) dont la livraison de biodiesel est effectuée directement depuis les sites de production de biodiesel. L'éthanol, pour des raisons légales, transite obligatoirement par Alcosuisse. Alcosuisse achète donc le bioéthanol auprès de Borregaard, la distribution étant ensuite assurée soit par Alcosuisse elle-même (auprès de gestionnaires de flottes essentiellement), soit par des distributeurs de carburants.
La distribution des biocarburants se répartit entre le grand public et les gestionnaires de flottes de véhicules. Le tableau ci-dessous présente un aperçu des principaux distributeurs de biocarburants en Suisse et des produits distribués dans les stations services et auprès des particuliers, selon l'état en janvier 2008.
Tableau : Principaux distributeurs de biocarburants en Suisse (situation janvier 2008)
Concernant le grand public, la distribution est réalisée dans les stations-service ordinaires, sous forme de B5 pour le biodiesel et sous forme de E5 et/ou E85 pour l'éthanol. Le B5 est habituellement utilisé en lieu et place du diesel conventionnel, tandis que le E5 remplace l'essence habituellement le SP95 (moins souvent le SP98), selon la configuration des installations de stockage et de distribution et/ou le choix du pompiste. Le E85 est généralement distribué à la place du SP98. Certains distributeurs proposent enfin du B100, dans un nombre cependant limité de stations.
Les dénominations des mélanges comportant des biocarburants changent selon les distributeurs. Le B5, par exemple, est distribué sous le nom "Diesel Greenlife Plus" par Migrol et "Diesel Bio5" par Flamol Mineralöl. La nature du carburant est souvent indiquée par les distributeurs sur les colonnes elles-mêmes.
Si le choix des mélanges B5, E5 et E85 dans la grande distribution est dicté par les normes en vigueur sur la qualité des carburants, la distribution des biocarburants auprès des gestionnaires de flottes est toutefois plus diversifiée, bien qu'encore limitée. Cet aspect est abordé de manière plus détaillée à la page concernant l'utilisation de biocarburants.
La Plateforme Biocarburants propose une carte interactive permettant de localiser sur l'ensemble du territoire suisse les distributeurs et les producteurs de biocarburants. Cette carte permet également de situer géographiquement les flottes de véhicules utilisant des biocarburants.
La disponibilité de biodiesel
L'offre de biodiesel est actuellement très limitée sur le marché Suisse (moins de 10 Ml en 2007). Avec la venue cette année sur le marché de nouveaux producteurs de biodiesel, l'offre devrait toutefois être plus conséquente dès 2008.
Dans le contexte législatif actuel, la distribution de biodiesel dans les stations-service est limitée au B5. Bien qu'aucun constructeur automobile en Suisse ne soutienne l'usage du biodiesel pur dans ses véhicules, certains distributeurs (notamment Agrola, Flamol) proposent toutefois du B100 dans quelques stations-service.
La distribution auprès des particuliers (gestionnaires de flottes captives, collectivités publiques) propose une gamme de produits plus étendue, notamment à travers une offre de "mélanges à la carte" sur demande. Ces mélanges concernent plus particulièrement le biodiesel dont les conditions de distribution, de stockage et d'utilisation sont moins contraignantes que pour l'éthanol. Les mélanges Bx sont distribués essentiellement par les distributeurs de carburants (voir tableau ci-dessus).
L'utilisation de biodiesel dans des flottes de véhicules est détaillée à la page relative à l'utilisation de biocarburants.
La disponibilité de bioéthanol
Dans le contexte légal actuel, la distribution de bioéthanol dans les stations-service est limitée aux carburants E5 et E85.
Dans un communiqué de presse du 14 mars 2006 [1], Alcosuisse annonçait des ventes de E5 (mélange constitué de 5% v/v de bioéthanol et 95% v/v d'essence ordinaire) de l'ordre de 10 Ml depuis le début du projet. Avec l'augmentation du nombre de stations-service distribuant le mélange, les ventes de E5 ont depuis sensiblement progressé et devraient continuer à augmenter régulièrement.
Depuis le 31 mai 2005, suite à un accord entre Alcosuisse et Agrola, certaines stations-service du groupe Landi distribuent du E5 (ou essEnce5) dans le canton du Jura (JU). Cette première en suisse fut précédée d'essais concluants réalisés sur plusieurs années et impliquant des véhicules appartenant à des services publics et privés (villes de Delémont et Vevey, Alcosuisse, Swisscom). D'autres distributeurs ont depuis suivi l'exemple d'Agrola (voir tableau ci-dessus). La distribution de E5 est à l'heure actuelle concentrée dans les cantons de Berne (36 stations), du Jura (40 stations) et de Neuchâtel (9 stations), Lucerne (5 stations) et Soleure (2 stations), essentiellement pour des raisons logistiques.
Plus récemment, Alcosuisse a entamé un programme ambitieux de développement de la filière E85. Ce carburant, constitué de 85% de bioéthanol et de 15% d'essence, est utilisé dans des véhicules spéciaux dits "véhicules flexibles" ou "flex-fuel" (souvent repris sous le terme FFV), pouvant s'alimenter aussi bien en E85 qu'en essence sans-plomb conventionnelle. Dans le cadre d'un partenariat avec GM-Saab, Alcosuisse a ouvert, le 20 juillet 2006, la première station-service distribuant du E85 à Hiverthur (ZH), à l'enseigne d'Agrola [2]. La commercialisation du E85 concerne aujourd'hui 22 stations situées à proximité des centres économiques et réparties sur 11 cantons (dont 5 dans le canton de Zürich, 4 dans le canton de Berne et 3 en Suisse romande). Le nombre de stations devrait encore augmenter prochainement, avec 13 nouvelles stations prévues au cours du premier semestre 2008.
Il convient enfin de noter que l'essence importée en Suisse peut contenir de l'ETBE [3], composé oxygéné résultant d'une réaction entre l'isobutène et l'éthanol. Dans certains pays tels que l'Allemagne, la France ou bien l'Espagne, l'ETBE est incorporé à l'essence (comme alternative au MTBE [4]) de façon à augmenter l'indice d'octane du mélange. En Suisse, les raffineries de Cressier (NE) et Colombey (VS) incorporent actuellement du MTBE, et la présence d'ETBE dans l'essence distribuée en Suisse reste très marginale. L'utilisation d'éthanol sous forme d'ETBE constitue toutefois une orientation envisageable à court ou moyen terme, pour l'industrie pétrolière [5].
L'approvisionnement de flottes captives en mélanges contenant de l'éthanol se limite aujourd'hui au E5. La distribution est effectuée directement par Alcosuisse (via des transporteurs privés) ou par les distributeurs de carburants ayant conclu des accords avec Alcosuisse. Alcosuisse fournit ainsi du bioéthanol à la fois aux distributeurs de carburants (voir tableau ci-dessus) et à des clients tels que Swisscom, la Police genevoise, les Services Industriels de Lausanne, etc. L'utilisation de bioéthanol dans des flottes de véhicules est détaillée à la page relative à l'utilisation de biocarburants.
Demande potentielle de biocarburants
Afin d'évaluer la disponibilité de biocarburants à l'échelle de la Suisse, il convient tout d'abord de préciser la consommation de diesel et d'essence dans le pays. La figure ci-dessous présente l'évolution de la consommation de carburants du secteur des transports en Suisse, de 1992 à 2007, exprimée en Ml.
Figure : Evolution de la consommation de carburants en Suisse de 1992 à 2007 (Ml)
La consommation totale de carburant en Suisse se situe aujourd'hui à 6'970 Ml/an. Selon les diagrammes de la figure ci-dessus, la consommation de carburants en Suisse au cours des 15 dernières années, malgré quelques faibles variations, semble relativement stable (6'970 Ml en 2007 contre 6'630 Ml en 1992), plus particulièrement encore depuis l'année 2000. La part du diesel au cours de la même période, a régulièrement augmenté pour atteindre près de 34% v/v en 2007 (contre 20% en 1992).
Les diagrammes de la figure ci-dessous comparent l'évolution de la production de biocarburants dans l'UE avec la consommation de carburants en Suisse, sur la période 1992-2007. Tandis que la consommation totale de carburants en Suisse se situe à 6'970 Ml/an en 2007 (soit 4'600 Ml d'essence et 2'370 Ml de diesel), la production de biodiesel et de bioéthanol de l'UE s'élève respectivement à 1'770 Ml (soit 38% de la consommation d'essence en Suisse) et 6'434 Ml (soit 272% de la consommation de diesel en Suisse).
Figure : Production européenne de biocarburants et consommation suisse de carburants de 1992 à 2007 (Ml)
Dans ses commentaires relatifs à la modification de l'Oimpmin [6], l'Administration Fédérale des Douanes précise la consommation potentielle de biocarburants à moyen terme, afin de définir les pertes fiscales attendues et d'évaluer le nouveau taux d'impôt applicable à l'essence ordinaire. Les quantités de biodiesel et de bioéthanol retenues s'élèvent respectivement à 40 Ml/an (soit 1,9% du marché actuel du diesel) et 55 Ml/an (soit 1,2% du marché actuel de l'essence).
Selon le scénario plus ambitieux (mais toutefois réaliste) d'une introduction banalisée de biocarburants à hauteur de 5% v/v dans les carburants ordinaires (en accord avec la Directive Européenne 98/70/CE sur la qualité des carburants), les volumes de biodiesel et de bioéthanol s'élèveraient respectivement à 120 Ml/an et 230 Ml/an. Ces volumes seraient naturellement doublés dans le cas d'une introduction banalisée à hauteur de 10% v/v (en accord, dans ce cas, avec la proposition de Directive du 31 janvier 2007 modifiant la Directive 98/70/CE).
La demande de biodiesel et de bioéthanol selon les différents scénarios introduits plus haut est reprise de façon synthétique dans le tableau ci-dessous. Dans tous les scénarios, les consommations de diesel et d'essence correspondent à celles de 2007.
Tableau : Demande annuelle potentielle de biocarburants en Suisse selon différents scénarios
Scénarios
Essence
Diesel
Bioéthanol
Biodiesel
Administration fédérale des douanes (AFD)
4'600 Ml/an
2'370 Ml/an
55 Ml/an
40 Ml/an
Introduction banalisée à 5% v/v
4'600 Ml/an
2'370 Ml/an
230 Ml/an
120 Ml/an
Introduction banalisée à 10% v/v
4'600 Ml/an
2'370 Ml/an
460 Ml/an
240 Ml/an
Scénario UE 2010 (5,75% énergie biocarburants)
4'600 Ml/an
2'370 Ml/an
400 Ml/an
150 Ml/an
Scénario UE 2010 (10% énergie biocarburants)
4'600 Ml/an
2'370 Ml/an
690 Ml/an
260 Ml/an
Les scénarios présentés dans le tableau ci-dessus ne tiennent compte ni du développement de la filière E85, ni de l'éventuel usage de biocarburants à des taux plus élevés dans les flottes de véhicules. Ces deux éléments pourraient contribuer à augmenter les volumes de biocarburants de façon non négligeable.
L'ETBE (ou ethyl-tertio-butyl-éther) est un hydrocarbure résultant d'une réaction de synthèse entre l'isobutène (53% v/v) et l'éthanol (47% v/v). Il peut être incorporé à l'essence ordinaire à hauteur de 15% v/v (selon la norme EN 228 sur la qualité de l'essence), afin notamment d'en augmenter l'indice d'octane. Le taux d'incorporation moyen à l'échelle de l'UE se situe autour de 4% v/v.
[4]
Le MTBE (ou méthyl-tertio-butyl-éther) est le produit d'une réaction de synthèse entre l'isobutène et le méthanol.
[5]
Communication personnelle de M. Armin Heizer (Union pétrolière), le 06.12.2007.