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La situation en Suisse relative à l'utilisation des biocarburants est très proche celle au sein de l'UE, aussi bien en termes de normes de qualité qu'en termes de garanties constructeurs.
L'incorporation à hauteur de 5% v/v de biodiesel dans le diesel (B5) et d'éthanol dans l'essence (E5) est autorisée dans la mesure où le mélange est conforme aux normes de qualité du diesel et de l'essence, SN EN 590 et SN EN 228 respectivement. Le biodiesel mélangé au diesel ordinaire doit être lui-même conforme à la norme SN EN 14214. La norme européenne précisant les spécifications du bioéthanol-carburant pour un mélange à hauteur de 5% v/v dans l'essence (EN 15376) est en préparation. C'est ainsi que le taux d'incorporation de biocarburants dans les mélanges biodiesel-diesel et bioéthanol-essence destinés à la grande distribution dans les stations-service ne dépasse pas 5%.
Le E85, arrivé plus récemment sur le marché, est considéré comme un carburant à part entière, soumis à d'autres règles que les mélanges à faible taux d'incorporation tels que le E5 où le bioéthanol joue plutôt un rôle d'additif ajouté à l'essence ordinaire. Une norme européenne précisant les spécifications du E85 est là aussi en préparation.
Utilisation des biocarburants dans les flottes de véhicules
L'usage des biocarburants dans des flottes de véhicules ne suit pas exactement les mêmes règles que dans la grande distribution. Si là aussi elle se limite encore souvent à des mélanges à hauteur de 5% v/v dans le diesel et l'essence (B5 et E5), les gestionnaires de flottes ont toutefois la possibilité d'opter pour des mélanges à plus forte teneur en biocarburants. Dans le contexte actuel, ils sont toutefois confrontés à d'éventuels problèmes liés aux garanties sur les véhicules et leurs équipements.
Les constructeurs ne maintenant généralement pas les garanties au-delà de 5% v/v de biocarburants, les gestionnaires de flottes désireux d'incorporer des biocarburants à des taux plus élevés, doivent souscrire à une assurance prenant à sa charge les éventuels dégâts spécifiquement liés à l'usage des biocarburants, ou assumer eux-mêmes le risque.
C'est le cas notamment de la société Serbeco à Genève, qui utilise du B100 dans près de la moitié de ses véhicules. M. Viret de Serbeco précise à ce sujet qu'il est essentiel de spécifier les conditions souhaitées quant à l'utilisation de biocarburants, lors d'appels d'offres pour le renouvellement des véhicules. C'est, à l'heure actuelle, quasiment la seule manière d'obtenir les garanties pour des taux d'incorporation de biocarburants au-delà de 5% v/v. A noter à ce sujet que la Plateforme Biocarburants étudie actuellement les possibilités de se substituer aux garanties constructeurs lorsque celles-ci sont abandonnées.
Concernant plus particulièrement la stratégie d'approvisionnement en biocarburants, il convient ici de relever le cas de la société Goutte Récupération et Migros Vaud, toutes deux situées dans la région lausannoise. Tandis que la majorité des gestionnaires de flottes se font directement livrer le mélange par les distributeurs, les deux sociétés vaudoises ont opté pour une solution différente, consistant à dédier l'une des cuves de stockage au biodiesel et à effectuer le mélange avec le diesel sur site, au moyen d'une colonne de distribution prévue à cet effet. La mise en œuvre est illustrée à la figure ci-dessous.
Figure : Approvisionnement en diesel et biodiesel par lots séparés
L'une des cuves initialement destinée au diesel et ici réservée au stockage du biodiesel [1]. Le gestionnaire de la flotte se fait alors livrer d'une part en diesel et d'autre part en biodiesel, ce de manière séparée. Au moyen d'une colonne de distribution spécifique équipée d'un dispositif de dosage et de mélange, l'usager peut alors choisir (lors du plein du véhicule) le mélange diesel-biodiesel qu'il souhaite (B5-B100), selon la compatibilité du véhicule et/ou la stratégie définie par le gestionnaire de la flotte. Cette approche offre une grande souplesse quant à l'utilisation du biocarburant et permet d'envisager un approvisionnement direct depuis les sites de production, optimisant ainsi la logistique et le prix de revient du carburant.
C'est la société Petroleum Technical Company (PTC), située à Genève (GE), qui a réalisé les installations chez Migros Vaud et Goutte Récupération. PTC propose une gamme de colonnes de distribution permettant de réaliser en ligne le mélange et le dosage du diesel et du biodiesel. De tels équipements sont prévus pour le bioéthanol et l'essence courant 2008 [2].
Vous trouverez une description plus détaillée des expériences des sociétés et collectivités romandes en matière d'utilisation de biodiesel au moyen des liens suivants :
Sous forme d'une carte interactive, la Plateforme Biocarburants répertorie les sociétés et collectivités roulant aux biocarburants. On retrouve notamment les transports publics de Genève (215 bus pour une consommation annuelle de carburant de l'ordre de 6 Ml) et Zürich, utilisant tous deux du B5, mais aussi des flottes plus réduites telles que Serbeco (GE), Luginbühl (VS) ou encore Goutte Récupération (VD) où l'utilisation de biodiesel se limite à un nombre réduit de véhicules. La liste des gestionnaires de flottes utilisant des biocarburants n'est toutefois pas exhaustive. Certaines grosses sociétés de transport (telles que Planzer, Galliker ou Camion Transport Wil) étudient notamment en interne les effets liés à l'utilisation de biodiesel. Des essais ont été effectués avec différents taux de mélange et sur divers modèles de véhicules.
Si le biodiesel est utilisé de façon relativement diversifiée dans les flottes de véhicules, l'usage de bioéthanol, en revanche, se limite aujourd'hui principalement au E5. La distribution est effectuée directement par Alcosuisse (via des transporteurs privés) ou par les distributeurs de carburants ayant conclu des accords avec Alcosuisse. Alcosuisse approvisionne ainsi en bioéthanol des clients tels que Swisscom, la Police genevoise, les Services Industriels de Lausanne, etc.
Utilisation des biocarburants par le grand public
L'usage des biocarburants par le grand public se limite principalement aux mélanges disponibles dans les stations-service, à savoir les mélanges à hauteur de 5% v/v et le E85.
Tandis que le B5 et le E5 sont utilisables tels quels dans les véhicules ordinaires, sans modification du moteur ni des équipements, le E85 est en revanche destinés exclusivement aux véhicules dits "flexibles", "flex-fuel", "flexi-fuel" ou encore FFV (pour "flexible-fuel vehicles", en anglais). Ces FFV sont capables de fonctionner à la fois avec de l'essence ordinaire et du E85 (tout en ne comportant qu'un seul réservoir). Ils sont équipés à cet effet d'un système Flex-Fuel qui identifie automatiquement le mélange disponible à la pompe et adapte l'allumage et l'injection. Les variations constantes du mélange de carburant sont parfaitement tolérées par le système Flex-Fuel. Selon l'ATE (Association Transport et Environnement), le coût d'achat n'est que de quelques centaines de francs de plus que pour un modèle à essence et la différence est vite compensée par le moindre coût du carburant (actuellement de l'ordre de 1,25-1,30 CHF/l). En Suède ou au Brésil, une partie non négligeable du parc de véhicules est déjà constituée de FFV de toutes les catégories (voir l'utilisation des biocarburants dans l'UE).
Figure : Principe de fonctionnement et système d'alimentation en carburant de la VOLVO C30 FlexiFuel
En Suisse, seul un nombre limité de constructeurs (notamment Ford, Saab et Volvo) propose aujourd'hui des FFV dans sa gamme de véhicules de tourisme. Ces modèles sont notamment testées et évaluées dans le rapport Ecomobiliste 2007 [3] de l'ATE et repris dans le tableau ci-dessous.
Tableau : Véhicules flexibles (FFV) disponibles en 2007 sur le marché Suisse
| Marque |
Modèle |
Puissance en kW / CV |
Cylindrée |
Note EcoMobiliste |
| FORD |
Focus C-Max 1.8i FlexiFuel |
92 / 125 |
1'798 cm3 |
90,8 |
| FORD |
Focus Kombi 1.8i FlexiFuel |
92 / 125 |
1'798 cm3 |
88,9 |
| VOLVO |
S40 1.8 FlexiFuel |
92 / 125 |
1'798 cm3 |
88,8 |
| VOLVO |
V50 1.8 FlexiFuel |
92 / 125 |
1'798 cm3 |
88,8 |
| VOLVO |
C30 1.8 FlexiFuel |
92 / 125 |
1'798 cm3 |
- |
| VOLVO |
V70 2.0 FlexiFuel |
107 / 145 |
1'999 cm3 |
- |
| VOLVO |
S80 2.0 FlexiFuel |
107 / 145 |
1'999 cm3 |
- |
| SAAB |
9-5 Combi 2.0t BioPower |
132 / 180 |
1'985 cm3 |
86,5 |
| SAAB |
9-5 Combi 2.3t BioPower |
154 / 210 |
2'290 cm3 |
86,5 |
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De nouveaux modèles (notamment chez Renault et Citroën) devraient être disponibles en Suisse dans le courant de l'année 2008. Le nombre de stations-service distribuant du E85 devrait également augmenter sensiblement en 2008.
Figure : Principe de fonctionnement et système d'alimentation en carburant de la RENAULT Mégane E85
Il existe aujourd'hui des produits sur le marché permettant de "convertir" un véhicule essence standard en FFV, mais ces produits ne sont actuellement pas homologués, et leur montage fait "perdre" les éventuelles garanties constructeurs. Pour plus d'information à ce sujet, le lecteur est prié de se référer au site internet du projet etha+ d'Alcosuisse.
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La Plateforme Biocarburants travaille activement afin d'identifier les possibilités de se substituer aux garanties constructeurs et ainsi assurer l'ensemble des propriétaires de flottes souhaitant aller au-delà de 5%.
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